Télétravail et frontaliers français

Avantages fiscaux, seuils et optimisations

Un sujet devenu stratégique pour les frontaliers

Depuis la crise du Covid, le télétravail s’est imposé comme un élément central dans l’organisation du travail, notamment pour les frontaliers français employés au Luxembourg. Le Grand-Duché a d’ailleurs dû adapter son cadre fiscal pour maintenir son attractivité, au point d’instaurer avec ses voisins un seuil de tolérance de 34 jours de télétravail par an (depuis 2024), permettant aux salariés frontaliers français (allemands et belges également) de télétravailler depuis leur domicile sans changer l’État d’imposition de leurs revenus.

Ce seuil constitue en réalité un privilège accordé par les pays limitrophes, car selon le régime fiscal standard en UE, le salaire est imposé dans le pays d’exercice effectif de l’activité, c’est-à-dire celui où est physiquement le salarié, et ce, dès le premier jour. Si cette exception existe, c’est parce qu’environ la moitié des salariés au Luxembourg sont frontaliers, et que maintenir l’attractivité passe entre autre par une plus grande flexibilité dans l’organisation du travail.

Jusqu’à ce seuil de 34 jours il n’y a aucune conséquence fiscale : l’impôt sur le revenu demeure entièrement dû au Luxembourg. Dès qu’il est dépassé (ce qui est tout à fait possible car il n’y a aucune restriction légale) ), cela implique une imposition partagée : au Luxembourg des jours réellement prestés (présence physique) et en France des jours de télétravail. Cela entraîne des démarches administratives plus lourdes pour l’employeur ainsi que quelques modifications dans la déclaration fiscale française et luxembourgeoise pour le salarié, mais aucune pénalité.

Pour le salarié, la question clé devient alors :
Si je dépasse le seuil et qu’une partie de mon salaire est imposée en France plutôt qu’au Luxembourg, est-ce cela augmente ma charge fiscale globale  ?
Et là réside un paradoxe méconnu : dans de nombreux cas, un frontalier français paiera moins d’impôt sur son revenu imposé en France plutôt qu’au Luxembourg.

Prenons l’exemple d’un célibataire avec un revenu imposable de 60 000 € — comparaison réalisée via les simulateurs officiels luxembourgeois et français.

Simulateur au Luxembourg

Simulateur en France *

(*) : le revenu imposable retenu est de 54000 euros car la France applique d’office une déduction de 10% du revenu imposable au titre des frais professionnels, soit 6000 d’abattement dans cet exemple.

Ainsi, en supposant que cette personne réalise 49% de son activité en télétravail (49% étant le seuil à ne pas franchir pour rester affilier au régime de sécurité sociale luxembourgeois), la charge fiscale totale peut devenir inférieure à celle d’un salarié imposé à 100 % au Luxembourg. Le salarié y gagne donc :
✔ du temps,
✔ une meilleure qualité de vie,
✔ une réduction de ses trajets et de son empreinte carbone,
✔ et potentiellement… une baisse d’impôt.

Pourquoi de telles différences ?

Parce que les systèmes fiscaux des deux pays sont radicalement différents :

  • Au Luxembourg, les déductions sont limitées et visent uniquement à réduire le revenu imposable.
    → Exemple : les frais de déplacement plafonnés à 2 574 €.
  • En France, certains mécanismes réduisent le revenu imposable, mais d’autres réduisent directement l’impôt à payer, voire donnent droit à un crédit d’impôt remboursable.
    → Exemple : l’abattement de 10 % pour frais professionnels.

La différence est majeure :

Réduire le revenu imposable est moins puissant que réduire directement l’impôt dû, ou bénéficier d’un crédit remboursé même si l’on n’est pas imposable.

Illustration :
Si on reprend l’exemple ci-dessus, une réduction de revenu imposable de 3000 euros entraine un calcul de l’impôt sur 57000 euros à la place de 60000 euros. Voici le résultat :

L’ économie est de 1252 euros. 
Si j’ai droit à une réduction d’impôt de 3000 euros en France je passe de 9365 à 6365 euros.
Si j’ai droit à un crédit d’impôt (différence entre réduction et crédit) il s’applique que je sois imposable ou non.

La différence entre une réduction d’impôt et un crédit d’impôt résulte du fait que la réduction ne s’applique que dans la limite de l’impôt dû (je ne peux pas réduire plus que ce que je dois) tandis que le crédit s’applique quoiqu’il arrive et entraine un remboursement si je suis non imposable.

Ces règles expliquent pourquoi, pour la grande majorité des situations, dépasser le seuil des 34 jours est fiscalement plus intéressant.

Rappel des règles : que se passe-t-il si on dépasse le seuil ?

Le seuil de 34 jours – son rôle et ses effets :

  • En dessous de 34 jours, l’intégralité du salaire reste imposable au Luxembourg.
  • Au-delà de 34 jours
    → les jours télétravaillés en France deviennent imposables en France,
    → le jours travaillés au Luxembourg restent imposables au Luxembourg.

Il s’agit d’un accord passé  entre les deux états.

Dépasser le seuil : dans quels cas cela peut devenir fiscalement avantageux ?

Contrairement à une idée répandue, dépasser les 34 jours n’est pas forcément synonyme d’impôt plus élevé. Tout dépend :

  • du niveau de revenu,
  • de la situation familiale,
  • du patrimoine,
  • des avantages fiscaux français mobilisables.

Voici quelques avantages qui contribuent à un résultat encore plus favorable :

✔ Quotient familial favorable : les familles, parents isolés, couples mariés/pacsés bénéficient d’une réduction d’impôt par enfant (qui représente ½ part) pouvant aller jusqu’à 1678 euros environ.

✔ Les charges/ dépenses suivantes donnent lieu à une réduction d’impôt supplémentaire  :

  • Frais de garde d’enfants hors domicile (jusqu’au 6 ans de l’enfant),
  • Dons
  • Frais de scolarité à partir du collège

✔ Les dépenses / épargnes suivantes donnent lieu à un crédit d’impôt supplémentaire :

  • Frais de garde au domicile,
  • Femme de ménage,
  • Certains investissements immobiliers,

✔ Certaines épargnes donnent également lieu à une réduction du revenu imposable tel que le PER (Plan épargne retraite équivalent du 111bis au Luxembourg).

Ces mécanismes peuvent annuler tout ou partie de l’impôt dû en France.

✔ Optimisation globale du foyer fiscal

Intéressant dès lors qu’il y a des revenus imposables en France.

✔ Réduction du taux marginal d’imposition luxembourgeois

Ainsi, faire taxer une partie du revenu en France peut permettre d’éviter un palier d’imposition plus élevé au Luxembourg.

La bonne stratégie n’est pas universelle

Le seuil de 34 jours n’est pas une limite absolue qu’il faut éviter à tout prix.
Selon votre situation, dépasser ce seuil peut réduire votre charge fiscale, tout en améliorant votre qualité de vie grâce au télétravail.

Mais l’optimisation dépend de nombreux paramètres :
✔ revenu
✔ situation familiale
✔ déductions disponibles
✔ patrimoine
✔ nombre optimal de jours télétravaillés
✔ impact sur la sécurité sociale

Chaque frontalier devrait réaliser une simulation personnalisée pour mesurer l’impact réel sur son impôt.

Neofisc vous accompagne dans cette analyse grâce à des simulations comparatives Luxembourg–France, des conseils sur les déductions à mobiliser et une optimisation complète de votre situation fiscale.

Pour connaître le nombre optimal de jours de télétravail pour votre situation :

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